06 septembre 2010 ~ 0 Commentaire

Réponse de Sophie Joissains au sondage sur le travail des sénateurs

Paris, mardi 20 juillet 2010

Sophie Joissains

Sénateur des 

Bouches-du-Rhône 

Monsieur le Rédacteur en Chef, Comme nombre de mes collègues, j’ai découvert avec stupéfaction et mécontentement le contenu proposé par votre journal « Lyon Capitale » n° 691, annonçant l’élaboration d’un « classement » des Sénateurs. Devant l’étendue des inexactitudes relatées dans vos colonnes, je ne puis rester silencieuse, car le manque de précisions et de maîtrise du système législatif français vous conduit à donner une image particulièrement fausse du travail réalisé dans notre Haute Assemblée. Je reprendrai, pour l’essentiel, l’argumentaire développé par ma collègue et amie Catherine Dumas. 

Cette étude, outre ses inexactitudes (par exemple, l’affirmation « pour info, un mandat de sénateur dure 9 ans », ou encore de nombreuses autres données chiffrées erronées), semble en effet avoir été construite et réalisée en se fondant sur des critères simplistes, et une méthodologie pour le moins discutable, qui démontrent assurément une méconnaissance des rouages législatifs et de la réalité du travail parlementaire. 

Sous couvert d’informer nos concitoyens, cette étude, enveloppée d’une « pseudo-légitimité » statistique et comptable, ne peut que décrédibiliser les élus, et même l’institution sénatoriale, en exploitant des clichés sur le prétendu absentéisme et l’inaction des sénateurs. 

Les conclusions et analyses, qui sont arbitrairement tirées de la simple lecture d’une accumulation de chiffres, sont purement et simplement édifiantes. Je comprends qu’il puisse être tentant d’exploiter l’actualité récente pour entretenir un sensationnalisme et un climat, 

très vendeur, de suspicion permanent entre les Français et leurs élus. Mais affirmer que la majorité des élus du Sénat « passent simplement dire bonjour à intervalles réguliers » et sont des parlementaires « à mi-temps » relève réellement, au mieux de la désinformation, au pire de la pure démagogie.  S’agissant de votre étude en elle-même, je souhaite vous faire part des observations suivantes :  - S’agissant du travail législatif à proprement parler, qui est le cœur de l’activité d’un sénateur, retenir comme critère unique la rédaction ou la cosignature d’une proposition de loi, sans étudier la rédaction d’amendements et leur éventuelle adoption en séance, revient à méconnaître la réalité de la vie parlementaire. Une large majorité de textes examinés par le Sénat étant en effet d’initiative gouvernementale, l’apport indéniable du travail parlementaire et l’amélioration des textes par voir d’amendement, en commission ou en séance, est en effet primordial. 

- Le simple recensement des interventions en séance est, lui aussi, totalement dépourvu d’analyse qualitative, puisque même les simples interjections, exclamations ou protestations (« Ah ! », « Tout à fait ! »), sont comptabilisées sur le site internet du Sénat comme une intervention à part entière. Nos concitoyens méritent assurément d’être informés sur le contenu réel des débats et des échanges, souvent très constructifs, au sein de l’hémicycle du Sénat.  Mon dernier point interrogera l’absence d’une notice explicative jointe à votre classement, et qui aurait utilement éclairé l’analyse que vous proposez aux Français, par exemple en rappelant que nous avons siégé 49% de temps en plus entre 2008 et 2009… 

Ainsi, dans la mesure où nous sommes les représentants des territoires, ne serait-il pas utile de prendre en compte les avancées que nous obtenons afin d’en assurer le rayonnement, souvent au prix d’un travail de longue haleine, permettant, sur la scène nationale et locale, d’obtenir le soutien nécessaire à la réalisation d’un projet ? 

Pourquoi ne pas mentionner le nombre, extrêmement élevé, de courriers adressés chaque année par les Sénateurs afin de relayer, auprès des autorités compétentes, les demandes émanant de leurs tissus locaux dont la richesse exige un soutien permanent? 

Ou faire mention des nombreux organismes et institutions dans lesquels nous siégeons, sur nomination, afin d’y représenter le Sénat pour garantir une représentation démocratique au sein des décisions qu’ils prennent ? Enfin, s’agissant de mon cas personnel, les informations que vous publiez sont incomplètes et conduisent à une lecture erronée de mon travail sénatorial. 

Ainsi, j’ai été nommée rapporteur de la proposition de loi d’Alain Dufaut tendant à assurer une mixité sociale dans les collèges situés en zone d’éducation prioritaire ou dans le réseau « ambition réussite »J’ai également déposé une proposition de résolution visant à instituer une Journée nationale de la laïcité et de la cohésion républicaine. Depuis deux mois, je travaille dans le cadre d’une mission confiée par le Président de la République, conduisant naturellement à des auditions nombreuses, tant en France qu’à l’étranger. Ceci, lors même d’une implication et d’une présence sans faille sur le texte de la réforme des collectivités territoriales. 

J’ai, de surcroît cet hiver, été victime d’un accident m’interdisant tout déplacement pendant plus de deux mois, mais n’ai cessé de travailler par voie d’amendements et de courriers.   

Tel sont les éléments que je tenais à porter à votre connaissance, en espérant qu’ils permettent, à l’avenir, d’apporter à vos lecteurs une information plus juste car plus proche de la réalité du travail parlementaire. 

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Rédacteur en Chef, l’expression de mes salutations distinguées. 

Sophie Joissains            

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

BOUM ! BOUM ! |
Soutenons le FUDEC |
joselamouroux |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Comment faire plaisir aux f...
| Comité d'information des ci...
| oyemprid